Qu’est-ce qu’un radioamateur ? Un passionné des communications « à l’ancienne » empreint de magie et d’émerveillement. Rencontre avec Franck Colin.

Franck Colin (F8IHE), a installé son centre d'émission dans une cabane, dans les arbres. (PHOTO S. M.)

Quatre-vingt-cinq ans après l’exploit de Pierre Aus-chitzky (lire par ailleurs), les radioamateurs du bassin d’Arcachon continuent de perpétrer la tradition. Mais au fait… C’est quoi, exactement, un radioamateur ? « Quelqu’un qui communique avec le monde entier, grâce à un bout de fil. C’est magique ! » résume Franck Colin, le président du radioclub du bassin d’Arcachon qui a installé son matériel dans une cabane, perchée dans les arbres, au fond de son jardin, à Gujan-Mestras.

« Mes enfants n’y allaient plus », explique le quadragénaire qui, comme bon nombre de radioamateur, a commencé par la CB (1). « J’avais 12 ans. Dans les années 70, 80, on était en marge. Et puis avec l’avènement des GPS et des portables, la CB a perdu ses adeptes. »

[col-sect][column]De la CB au certificat

Pratiquant la CB avec son père, Franck Colin arrête toute activité à la mort de ce dernier. Travaillant dans l’électronique et la radio, il a repris une activité extraprofessionnelle il y a trois ans. Avec les radioamateurs. « Les gens qui veulent aujourd’hui devenir radioamateurs sont forcément motivés », résume Victor Cordoba, un autre membre du club.

Lui aussi est passé par la CB, lui aussi travaille dans l’électronique et la communication. « Je me suis occupé de l’installation radio du tunnel sous la manche », confesse-t-il. Il faut dire que pour pratiquer la radio en amateur, il vaut mieux avoir quelques connaissances de bases en mathématiques.

« Pour pouvoir émettre, il faut passer un certificat d’opérateur radio (2) avec des maths à l’examen technique », explique Franck Colin. Ceci dit, une fois la licence en poche, le matériel de base est des plus binaires : une batterie, un poste, un morceau de fil et une antenne.

« On s’affranchit de tout »

« L’ordinateur, c’est juste un plus. On peut se voir, se localiser. » Oui, parce qu’à l’heure des mails, chats et SMS, ce qui plaît aux radioamateurs, c’est de se parler par la seule voie des ondes. « C’est ce qu’ont perdu les jeunes, ils ne mesurent plus l’exploit que représentent les communications. Elles sont si immédiates, si faciles. Nous, ce qui nous passionne, c’est qu’avec un émetteur et une puissance assez faible (3) on arrive à se parler d’un bout à l’autre de la terre. On s’affranchit de tout. »

Et Victor Cordoba d’imager. « C’est comme un chanteur d’opéra : si vous voulez qu’on vous entende au fond de la salle, il faut porter votre voix et bien chanter. Nous, il nous suffit de trouver la bonne fréquence. »

Les radioamateurs sont tous branchés sur l’heure universelle, l’UTC (4). Les plus fervents pratiquants se trouvent au Japon et aux États-Unis. « Il y a 3 millions de radioamateurs dans le monde. En France, nous sommes environ 18 000. En Espagne, ils sont deux fois plus nombreux », explique Franck Colin en précisant que les radioamateurs sont très rarement des radioamatrices. « 99 % d’hommes », résume-t-il. Et peu de jeunes.[/column]
[column]Exit la politique et la religion

À chaque transmission, le radioamateur qui émet décline son indicatif, lequel lui est attribué par l’administration. Il le répète à chaque début et fin de parole. Quant aux conversations, elles sont assez épurées. « On se dit bonjour, on parle de notre matériel, du temps qu’il fait. La législation stipule que nous ne devons pas aborder des sujets ayant trait à la politique ou la religion… »

Pour chacun de ces échanges, Franck note les références de son interlocuteur et lorsqu’il s’agit d’un premier contact, lui envoie une QSL, du format d’une carte postale, qui confirme la liaison radio. Les siennes sont à l’effigie du bassin d’Arcachon. « Avec elles, avec la radioamateur, on voyage, on découvre la géographie », sourit-il. Devant lui, une carte du monde lui permet de pointer les lieux d’émission de ses correspondants.
En morse aussi

Une fois par semaine, Franck Colin échange en morse avec un radioamateur rencontré sur sa fréquence. « Au départ, les radioamateurs étaient obligés d’apprendre le morse pour pouvoir capter les messages de détresse et prévenir les autorités. Cela date de l’époque du « Titanic »… Officiellement, le morse a disparu mais… Il revient. On constate que c’est le seul langage universel, le plus performant pour être décodé », explique-t-il.

Et Victor Cordoba de préciser. « L’armée de terre a passé l’an dernier un marché pour acquérir des manipulateurs morse. » Comme quoi…

(1) CB : citizen band, bande des citoyens. (2) La licence délivrée, et donc la fréquence autorisée, dépendent du type d’examen passé. (3) La puissance d’émission des radioamateurs est dix fois plus faible que celle des radios de la bande FM. (4) Le Temps universel coordonné (UTC) est une échelle de temps adoptée comme base du temps civil international par la majorité des pays.

Arcachon

via SUD-OUEST[/column][/col-sect]