Un dispositif de suivi bien rodé !

Lorsque le ballon du lycée Viette décolle du parc scientifique du pré la rose, samedi vers 14h15, le dispositif de suivi est fin prêt : David, l’aéro-technicien de Planète Sciences, a installé les ordinateurs pour les décodages de la télémétrie et du GPS. La trajectoire du ballon sera projetée sur grand écran. Roland, F5ZV, aidé de l’équipe enseignante et des élèves, s’adressera aux visiteurs pour leur donner quelques explications sur le vol du ballon et sur le rôle des radioamateurs. Et puis coté « récup », on a 2 équipes de choc : Jean Michel F4CQG et Jérôme F4FEB dans une voiture, Jean Claude F5HLQ et Stéphane F1SRX dans une autre.

Le lâcher s’est fait à l’anneau, opération qui consiste à maintenir la chaine de vol en l’air, par une ficelle passée dans un anneau fixé vers la nacelle. Dès que l’un des élèves a lâché une extrémité de la ficelle, le ballon est parti.

Une trajectoire qui colle à la prévi !

Le ballon est déjà à 3000 m lorsque les équipes mobiles entrent sur l’autoroute pour rejoindre le point de chute estimé par Francis F6AIU : vers Villingen en Foret Noire ! On passera par Belfort, Mulhouse, Freiburg, pour ensuite prendre une route bien connue par les radioamateurs allant au salon de Friedrichshafen et ensuite bifurquer au nord par Titisee.

Le décodage de la télémesure (capteurs de températures et pression, mais aussi d’UV et d’infrarouges !), ainsi que les infos GPS, sont reçus normalement.

Tout va bien alors ? Oui, c’est aussi ce qu’on s’est dit avec Jean Claude. Surtout qu’on venait d’avoir notre lot de petits tracas comme à chaque fois : après avoir perdu presque 1h00 à trouver une place pour le camping car qui nous hébergera cette nuit, après avoir cherché sans succès comment régler la puissance du TX dont la manipulation nécessite une thèse, voila pas qu’on est bloqué au péage parce que la voiture devant nous n’a pas de sous pour payer !! Bref, tout ceci passé, on avance bien, on arrive même à rattraper le ballon ainsi que l’équipe de tête.

Note: il manque du sol à 1.200m et de 4.200m au sol

Après 2h15 d’ascension, le ballon éclate enfin, à plus de 31 000 m. Il redescend comme prévu et à une altitude de 1000 m environ, les 2 équipes mobiles perdent le signal mais ont une position à rejoindre : sur l’autoroute de Stuttgart, au sud de Rottweil. A cet endroit, le sol est à 700 m. Il reste donc encore au ballon 300 m à parcourir verticalement, surement au nord est. Les 2 équipes sont bien d’accord : inutile « d’enquiller » l’autoroute, prenons les petites routes autour. Une équipe n’en est d’ailleurs pas loin et 10 mn après, elle passe sur un pont qui enjambe l’autoroute, à environ 800 m du point d’impact.

Conversations bizarres sur VHF …

Le ballon : « tiens, et si j’allais me poser sur l’autoroute ? »

A partir de cet instant, les radioamateurs allemands ont du se demander quelles étaient ces conversations bizarres qu’ils entendaient sur VHF !

  • F1SRX : « Jerome, c’est tout bleu ! »
  • F4FEB : « De quoi tu me parle, du ciel ? »
  • F1SRX : « Non, c’est tout bleu la ou le ballon est tombé ! Mon GPS me donne 700 m et je vois des gyrophares bleus à cet endroit !! »
  • F4FEB : …gros silence …
  • F1SRX : « on a trouvé un petit chemin qui longe l’autoroute. On le prend … on se rapproche, plus que 100 m ! »
  • F4FEB : « tu le vois ? ».
  • F1SRX : « non, pas encore, faut sortir de la voiture … Mais je confirme, il y a bien des gyrophares bleus sur le lieu d’impact ! … Attends … le signal fluctue, il diminue … . Je le perd même ! »

Quelques minutes plus tard, c’est confirmé : les 2 équipes ont perdu le signal de l’émetteur kiwi. Pas le temps de réagir, tout est allé très vite.

À la poursuite … de la police

Le temps de définir une nouvelle stratégie, de s’y retrouver dans les routes et les 2 équipes tombent d’accord : comme la voiture équipée du gyro bleu est partie en direction du Nord, une de équipes va aller dans la grande ville de Rottweil, pas très loin de l’autoroute et l’autre va faire quelques kilomètres sur l’autoroute, en direction du nord.

C’est finalement l’équipe F4CQG / F4FEB qui entend de nouveau le signal. Reste encore à trouver suffisamment de niveau pour décoder le GPS. C’est chose faite une dizaine de minutes plus tard : « la nacelle est dans un commissariat, vers la gare ! Ah non ! … attend, l’icône bouge sur UIView. La nacelle doit être dans une voiture de police qui patrouille ! ».

Eh bien croyez nous si vous le voulez, mais c’est pas facile de suivre une voiture de police, même équipée d’un GPS ! Finalement, après une bonne demi heure, nous arrivons devant un autre commissariat, entouré de barrières qui ne donnent pas envie de rester la. Mais Corinne et François, les professeurs de physique, ainsi que les élèves, comptent sur les radioamateurs pour rapporter la nacelle. Il faut y aller ! …

Papiers, s’il vous plait !

F1SRX sonne à l’interphone, explique, dans un allemand approximatif, que nous venons récupérer le ballon météo qui se trouve dans leur voiture. « ah, oui, entrez » suivi de, quelques minutes après, « qui êtes vous, d’où venez vous, que faites vous ici ? » Déjà que la langue allemande n’est pas très chantante, mais alors lorsque c’est prononcé par un policier, ca calme.

Jean Claude, lui, n’est pas impressionné. Je le surprends même en train de plaisanter « tiens, il n’y a pas d’anneaux au mur, pour les menottes ? » Je me passe facilement de rire car le policier vient de me demander mes papiers et j’ai des sueurs froides dans le dos : mon passeport tout neuf m’a été pris par ma femme (« t’en n’a pas besoin et tu risque d’abimer la puce biométrique en le mettant dans ton portefeuille »). J’ai bien ma carte d’identité, mais elle est périmée depuis plusieurs mois …

Finalement, après quelques minutes et des explications sur le bien fondé de cette opération, le policier nous remet la nacelle avec son parachute et l’écran radar. Il esquisse même un petit sourire. Il faut dire qu’il n’y avait rien eu de grave : un véhicule passant sur l’autoroute avait aperçu la nacelle en bord de celle-ci et avait immédiatement prévenu la police qui était venue la récupéré.

« Mais il ne faudra pas recommencer ! » affirme le policier en nous saluant. Pas de soucis, me dis-je. Déjà que la probabilité qu’une nacelle finisse sur l’autoroute est extrêmement faible, mais alors une 2ième fois, c’est inimaginable !

Discussion entre F4FEB et F1SRX :

  • T’as vu, finalement, c’était pas si dur de récupérer cette nacelle.

  • Ah oui ? T’en a de bonnes, toi. C’est pas ton nom, qu’ils ont pris, mais le mien !

Le gri-gri à l’envers !

Le retour vers Montbéliard se fera tranquillement, sans accroc, non sans maintenir une liaison radio entre les équipes pour se rappeler les meilleurs moments de la journée. Pendant un instant, je songe à Robert, notre chasseur de radiosonde Marseillais. Il nous avait raconté que depuis qu’il va chasser avec Philippe, il récupère toutes les radiosondes sans soucis. Il dit que Philippe lui porte chance … il l’appelle même son « gri-gri » ». Robert, je voulais te dire : nous aussi on a notre gri-gri, mais il doit être monté à l’envers !! Car à chaque fois qu’il vient avec nous, la nacelle doit être récupérée dans des endroits pas possibles : le Rhin en 2008, le lac de Neuchâtel en 2009, dans des fosses à purin, sur une autoroute … !

Juliette rejoint ses Roméos.

Ce n’est que le dimanche matin que la nacelle sera remise à l’équipe du lycée Viette. Corinne, François et les élèves nous attendaient avec impatience : ils avaient très peu d’informations sur notre périple de la veille et se demandaient … dans quel état était leur « Juliette » (nom donné à la nacelle bourrée de capteurs sophistiqués). Les exposants voisins de leur stand (nous étions dans le cadre de la fête de la science) aussi se sont approchés : « la nacelle est intacte ! C’est pas possible qu’elle soit tombée sur l’autoroute ! Vous n’inventez pas un peu, les gars !

… Grand moment de solitude … : on aurait dit mes voisins qui, avec un grand sourire, incrédules, me disent, certains matins, « alors, ca c’est bien passé ta chasse au baaaallon, cette nuit !! ». S’ils savaient … !

Article déposé par F1SRX

Note :
Avant d’éviter tous malentendus, il faut comprendre que ces ballons sondes écoles sont lancés sous la responsabilité de Planète Sciences. Les radioamateurs francs-comtois aident simplement au suivi et à la récupération des nacelles et n’interviennent ni sur les expériences embarquées, ni sur le lâcher du ballon, ni sur les trajectoires des vents qui poussent les ballons.

Discussion entre F4FEB et F1SRX :

  • T’as vu, finalement, c’était pas si dur de récupérer cette nacelle.

  • Ah oui ? T’en a de bonnes, toi. C’est pas ton nom, qu’ils ont pris, mais le mien !