Face aux radioamateurs, il existe deux types de publics : ceux qui ignorent ce qu’ils font et ceux qui pensaient qu’ils avaient disparu. Pédagogues, les membres du radio-club Jean-Bart sont, heureusement, toujours prompts à partager leur passion. Et leur patrimoine, puisqu’ils viennent de créer une fréquence temporaire pour promouvoir le carnaval. Explications.

Pour la troisième année, les radioamateurs du radio-club Jean-Bart ont décidé de participer à l’oeuvre collective de promotion du carnaval dunkerquois. Mais comme les ondes courtes sur lesquels ils surfent, leur action est, pour qui ne pratique pas leur art… invisible. Elle a consisté à demander à l’administration un « indicatif temporaire » avec lequel ils peuvent, pendant deux semaines, diffuser des messages sur le carnaval. Nom de code : TM6C.
Les radioamateurs du XXIe siècle sont les héritiers d’une lignée de passionnés de télécommunications si pointus que, dans les années 20, ce sont eux qui réussissent à établir la première liaison radio entre les États-Unis et l’Europe. « Un radioamateur est avant tout curieux de la façon dont ça fonctionne », estime Jean-Pierre Quétel, le président du radio-club. Curieux et fasciné. « Quand j’étais gamin, on n’avait pas le téléphone à la maison, et une seule chaîne de télé. Les ondes courtes, c’était une façon de s’ouvrir sur le monde ! », se souvient-il.

Aujourd’hui âgé de 60 ans, M. Quétel sait bien que la plupart des transistors et des autoradios ne permettent plus d’écouter ces ondes courtes, supplantées par les grandes ondes (AM) et la FM. Il n’ignore pas non plus qu’à l’heure d’Internet et des communications en direct et en vidéo grâce à Skype ou MSN, les radioamateurs font figure de dinosaures. Mais ne les enterrons pas trop vite ! « L’armée américaine commence à reformer des opérateurs radio capables de communiquer en style télégraphiques. Dans des cas extrêmes, quand le réseau électrique est défaillant, comme par exemple après la tempête de 1999 ou après Fukushima, les premières communications rétablies le sont par ondes courtes », précise Jean-Pierre Quétel.

L’affaire est sérieuse, et on ne devient pas radioamateur d’un simple claquement de doigt. « Il faut passer un examen », sous la vigilance de l’agence nationale des fréquences (ANFR). Le club Jean-Bart réunit une trentaine de radioamateurs dont la plupart disposent déjà, à la maison, d’une station et d’une antenne. « Le club permet de mettre en commun des moyens, et des compétences. » Sans oublier les idées, comme cet indicatif spécial carnaval. « Quand on fait un appel sur les ondes, les gens cherchent à établir le contact avec nous, car ils savent, par les lettres de l’indicatif, qu’il s’agit d’un événement spécial, et veulent en savoir plus. » D’autres indicatifs avaient déjà été sollicités par le club à l’occasion du 70e anniversaire de l’Opération Dynamo ou du centenaire de la naissance de l’écrivain nordiste Maxence Van der Meersch.

Secrétaire du club et ancien professeur de physique à Lucie-Aubrac, Bernard Lesage rêve aussi d’organiser un « battle » entre collégiens et radioamateurs. L’idée serait de comparer la vitesse de transmission des messages : les premiers en langage SMS, les seconds en langage télégraphique…

via La voix du Nord