Le 20 octobre 1921, une radio fonctionnait pour la première fois à bord d’un chalutier boulonnais. Quatre-vingt-dix ans plus tard, les systèmes de communication entre la terre et la mer n’ont jamais été aussi perfectionnés. L’Agence nationale des fréquences (ANFR), dont l’antenne régionale est basée au Portel, est chargée de contrôler ces équipements.

PHOTO GUY DROLLET

Ce matin-là, les deux contrôleurs de l’ANFR prennent possession de la passerelle du Cap Nord, stationné dans le bassin Loubet.

Ce navire de 55 mètres, l’un des plus gros chalutiers boulonnais, doit passer l’épreuve annuelle du contrôle de ses installations radio. Quelque 350 bateaux subissent le même sort chaque année entre Dunkerque et Le Tréport, la zone de juridiction de l’antenne porteloise de l’ANFR. Guy Liétard et Philippe Solvet commencent par tester les réactions des quatre VHF installées à bord à l’aide d’un appareil spécial. Puis, ils échangent un faux signal d’alerte avec le CROSS Gris-Nez. Bonne réaction de la radio. « OK, bien reçu, merci de votre collaboration », conclut Guy Liétard.

Il y a 90 ans (et un jour !), les premiers essais de téléphonie sans fil (TSF) étaient réalisés à bord d’un chalutier boulonnais. Aujourd’hui, les descendants de ce précurseur sont truffés de bijoux de technologie qui les relient en permanence au continent. « À une époque, en cas de problème, les marins envoyaient un mayday et faisaient un signalement. Désormais, il suffit de presser ce bouton pendant cinq secondes pour envoyer un signal d’alerte numérique à une station terrestre », explique Guy Liétard, en désignant le point rouge sur la VHF. Le CROSS reçoit alors instantanément la position du navire en détresse, quelle que soit sa position dans le monde.
La fin des officiers radio

Les deux agents poursuivent leur inspection : vérification des papiers administratifs, contrôle de l’état des antennes et de l’alimentation de secours, test de la balise de détresse avec GPS intégré, de l’émetteur moyenne et haute fréquence, du système de transmission par satellite… Autant d’appareils qui ont signé l’arrêt de mort des vieux officiers radio. « Les procédures simplifiées permettent désormais à n’importe qui d’envoyer une alerte automatique », poursuit le spécialiste, un peu nostalgique, du haut de ses 44 ans de carrière.

Du coup, le rôle de ces « gendarmes des ondes » est primordial. « Nous testons toutes les fonctions des appareils de sécurité que, forcément, l’équipage n’utilise pas tant qu’il n’y a pas de problème. » Pas question qu’ils tombent en rade le jour J. « En général, nos contrôles ne relèvent pas de soucis particuliers, mais c’est bien parce que l’on passe tous les ans, confie Guy Liétard,En même temps, les gens qui ont eu des problèmes en mer savent l’utilité du matériel de sécurité et l’entretiennent correctement. Au large, quand le téléphone GSM ne capte plus, la radio est le seul lien entre le bateau et la terre. » Dans leur rapport sur le Cap Nord, les inspecteurs n’auront formulé que deux prescriptions mineures, pas contradictoires à la navigation. Les Affaires maritimes, qui recevront le compte rendu, émettront un avis sans écueil.
via la voix du nord