Une équipe japonaise a expérimenté avec succès en France, sur une quarantaine de personnes aveugles, un procédé qui leur permet d’avoir une certaine perception de l’espace. Nous avons rencontré, à Tokyo, les découvreurs de ce « nouveau sens tout en vibration ». Sidérant.

Il y a voir… et voir

« Fabrique-lui une rétine artificielle… » La demande vient d’un père dont la fille est née aveugle. Elle est adressée à un frère, un scientifique uruguayen installé dans le laboratoire Ishikawa Komuro, au cœur de la prestigieuse université des sciences de Tokyo. « Il voulait que je lui rende la vue, se souvient Alvaro Cassinelli, mais l’œil est un organe si complexe. Cela dépassait largement ce qu’il m’était possible de créer. Alors j’ai réfléchi. » Réfléchi et trouvé.

Trouvé qu’il y avait plusieurs façons de voir les choses. Un coup d’œil sur le règne animal (ciliés, insectes) suffit pour s’en rendre compte : « Voir, c’est avant tout être capable de percevoir assez d’informations du monde extérieur pour se mouvoir, » explique Alvaro Cassinelli. De ce point de vue, les couleurs, les détails, les textures sont des données superflues, les raffinements d’un monde que l’évolution sensorielle n’a cessé de rendre toujours plus baroque. Mais si l’on parcourait le chemin évolutif à l’envers, si l’on devait, à la façon d’un Hokusai, épurer les lignes du monde pour ne garder que le nécessaire, que resterait-il ? « Les courbes, les formes, tout ce qui permet en fait d’établir un relief et donc un itinéraire pour aller d’un point A à un point B. » Et là, d’un coup, l’action se simplifie.
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