La révolution électrique est en marche et c’est par les ondes de la radio d’État qu’elle risque de se jouer. CBC/Radio-Canada va en effet annoncer dans les prochains jours sa participation à la mise en place d’un vaste réseau de distribution électrique dit intelligent partout au pays, a appris Le Devoir. Ce réseau vise à optimiser la consommation d’énergie des ménages en exploitant la bande FM de la société d’État pour le contrôle à distance d’appareils électriques.

Science-fiction? Loin de là, résume Jean-Sébastien Beaucage, un consultant montréalais spécialiste de cette technologie qui allie réseau électrique et radiofréquence. «Plusieurs compagnies électriques canadiennes cherchent à déployer ce genre de réseaux, dit-il, et ce, pour permettre une meilleure gestion de la demande énergétique.»

Selon un document de travail, dont Le Devoir a obtenu copie, CBC/Radio-Canada planche sérieusement sur la création d’un tel réseau en partenariat avec l’entreprise ontarienne e-Radio, un fabricant de récepteurs FM nouveau genre qui permettent l’activation à distance de matériel électrique. Connue sous le nom de «Smartgrid», cette technologie utilise la puissance de la radio FM pour régler à distance un thermostat ou encore pour activer une sécheuse, un lave-linge ou lave-vaisselle en dehors des heures de pointe, histoire d’enlever de la pression sur les réseaux d’approvisionnement électriques.

De plus, ce type de réseau offre également aux compagnies d’électricité une source d’économie. Comment? En permettant la lecture des compteurs de leurs clients à distance en passant par les ondes radio, par l’entremise d’un simple camion qui circule dans une rue résidentielle. Par exemple.

«Les consommateurs sont constamment à la recherche de nouvelles façons de mieux gérer leur consommation d’énergie pour réduire leur facture d’électricité et leur empreinte de carbone, peut-on lire dans le document produit par la société d’État. La mise en place de réseaux de distribution d’électricité intelligents qui s’appuient sur des compteurs intelligents installés dans les maisons privées par les entreprises de services publics partout en Amérique du Nord accélère cette tendance.»

CBC/Radio-Canada prévoit d’ailleurs faire la démonstration de cette technologie à Toronto dans les prochains jours. Le projet? Activer à distance un appareil électrique en passant par la fréquence de CBC Radio 2 dans la Ville reine, le 94,1 FM. La société estime que «sa capacité de couverture étendue, stable et rentable» va du coup permettre à chaque ménage canadien, d’un océan à l’autre, par l’entremise de son vaste réseau FM, de profiter de cette nouvelle technologie.

Les premiers pas du réseau intelligent envisagés par la société d’État avec e-Radio et Direct Energy doivent tout d’abord se faire en Ontario, avant de s’étendre par la suite au reste du pays.

Tout en avouant ne pas être au courant des ambitions électriques de CBC/Radio-Canada, Hydro-Québec a indiqué hier au Devoir qu’elle allait «suivre avec intérêt» la mise en place d’une telle structure de contrôle à distance d’équipements énergivores, a dit Louis-Olivier Batty, porte-parole de l’entreprise. «Nous avons un plan d’efficacité énergétique et forcément, toutes les initiatives permettant d’économiser de l’énergie nous intéressent».

Notons que selon ce plan, Hydro-Québec s’est engagée à réduire la consommation d’électricité de 11térawattheures par an d’ici 2015. C’est l’équivalent de deux fois la consommation en énergie d’une ville comme Laval.

Sous la pression environnementale, les réseaux de distribution électriques dits intelligents, alimentés autant par la bande FM que par la fibre optique, selon le cas, commencent à se développer un peu partout en Amérique du Nord. Pour le moment, la ville de Boulder au Colorado s’impose dans le domaine, avec un peu plus de 10 000 résidences équipées de modules permettant le contrôle à distance d’équipements électriques. La métropole a d’ailleurs reçu le surnom de «Smartgrid City», un titre que des villes canadiennes vont certainement chercher à lui voler dans les prochaines années, en s’emparant, à des fins économiques et écologiques, des ondes radio de CBC/Radio-Canada.
source: ledevoir.com