La scène se passe durant l’été 1960, à la frontière algéro-marocaine, dans un petit fortin vaubanesque occupé par une Demi brigade de fusiliers marins. Derrière ce fortin, côté Algérie, sont installées les tentes du Génie, chargé de l’entretien du terrible réseau électrifié quisert de frontière.

[col-sect][column]On approche midi et il fait trop chaud pour le travail. Sous la tente, les bougies posées sur les caisses à mine qui nous servent de chevet pendouillent lamentablement : il fait plus de 50 ° et le thermomètre a explosé. En attendant le repas, certains jouent aux cartes, ce dont j’ai horreur.
Je cherche sur un transistor les émetteurs en langue française, agacé par les vociférations de mes camarades picards et flamands, réunis communément sous le nomde Ch’ti.Soudain, la surprise ! J’entends l’air que voici : « Si t’avas v’nu, t’aros mingé d’l’andoulle, comme t’es pas v’nu, al est resté pindue . » [/column]
[column]Suivi aussitôt de la voix de Simons, notre patoisant qui commentait l’actualité dans une émission de cinq minutes appelée « Midi vingt chinque ».
C’était Radio Lille ! Immédiatement, j’alerte mes joueurs qui crurent d’abord que les rayons de Phébus avaient endommagé ma raison.
Ils consentirent enfin à laisser leurs cartes et c’est ainsi que nous avons écouté durant quelques jours Radio Lille, si loin du pays… Il reste de ces moments un bon souvenir. Et ma mère m’envoyait « La Voix du Nord », que je recevais avec une semaine de retard et où l’on apprenait que des accrochages avaient eu lieu non loin de notre camp, alors que nous n’en savions rien ! »[/column][/col-sect]
J.-C. B – Ochtezeele

source: Le jour où, en Algérie, j’ai capté une émission de Radio Lille
samedi 15.08.2009, 04:43 – La Voix du Nord