F5YD Gérard Clarac, ancien opérateur à Saint-Lys Radio, n'a pas perdu son doigté. (PHOTO AGNÈS NAVEAUX)

F5YD Gérard Clarac, ancien opérateur à Saint-Lys Radio, n'a pas perdu son doigté. (PHOTO AGNÈS NAVEAUX)

Ce week-end, à bord de la salle de transmissions du « France 1 », Gérard Clarac, un ancien opérateur de Saint-Lys Radio, la station de radiotélégraphie maritime installée en 1948 près de Toulouse et fermée en 1998 (1), était dans son élément.

Après avoir envoyé des millions et des millions d’impulsions brèves et longues, ces célèbres traits et points de l’universel alphabet morse, « d’abord en tant que radioamateur ; au service militaire en Polynésie, là où ça pétait ; puis aux PTT, en région parisienne et enfin à Saint-Lys dès 1975 et jusqu’en 1998 », il remettait avec plaisir la main, en public, sur l’opérateur, l’indispensable outil de transmission.

Ambiance et univers

Notant qu’un bon appui du poignet « évitait les crampes », Gérard Clarac rappelait que la dextérité professionnelle s’acquérait lors du cursus de formation de deux années. Se reconnaissant volontiers accro des cliquetis et de l’ambiance radio qui l’accompagne, cet homme, installé près de Narbonne, faisait, samedi et dimanche, équipe avec trois compères, trois officiers radio de la marine marchande : Franck Gadin, André Cordier et Henri Vanheffen ; tous aux anges de participer à un marathon de 48 heures, visant à entrer en contact avec des bateaux musées du monde. Hier après-midi, sur la liste des 82 bâtiments (du bateau-feu aux navires à passagers en passant par les liberty-ships), la relation en morse avait été établie avec deux sous-marins, l’un à Göteborg (Suède), l’autre à Venise (Italie). « Mais nous ne cherchons pas à faire un concours », soufflait Henri Vanheffen dont l’oreille qui se dresse dès que le crépitement spécifique se fait entendre : « Tiens, c’est un radioamateur suisse ».

« En fait, nous lisons avec nos oreilles », sourit Gérard Clarac. Une attention de tous les instants « alors que la main, elle, ne devait pas aller trop vite, au risque d’augmenter le risque d’erreurs. Il fallait aussi éviter d’anticiper sur les mots, une fois les premières lettres reconnues », indique Gérard Clarac.

Discrétion de rigueur

Et s’il insiste qu’il était soumis au secret des correspondances en provenance des bateaux de la marine marchande, d’avions d’Air France mais aussi de bâtiments de la Marine nationale (« que des conversations d’ordre privé »), le retraité a encore un moment d’émotion dans la voix en se souvenant « de ce cargo, au large de l’Afrique de l’est, où se trouvaient 2 500 réfugiés qui n’avaient plus d’eau. C’était en 1991, je crois. Il fallait trouver un point de débarquement sans qu’ils se fassent canarder. Nous avions alors pris contact avec différents organismes, dont la Croix-Rouge, à Genève. »

(1) La communication via satellites prendra la relève.

Source: SUD-OUEST Eric Chauveau